LES BRANQUIGNOLS DE SALZBOURG AU SOMMET DE LEUR ART

Karin Bergmann © Reinhard Werner

Ceux qui ont lu mon article précédent auront sans doute relevé ce passage :

 

Il n’y a aucune raison artistique à se débarrasser d’Hinterhäuser : si on se débarrasse d’une équipe qui gagne, c’est que derrière il y a un (ou des) loup(s).
D’abord à l’évidence le personnage, politiquement incorrect, artiste, intellectuel, droit dans ses bottes, qui refuse de se soumettre à la médiocrité : le fait de ne pas avoir répondu à l’ultimatum du Kuratorium (Conseil d’Administration) présidé par Karoline Edtstadler gouverneur du Land de Salzbourg et politicienne à la mode est un casus belli.
Les raisons officielles ? une « rupture de confiance » suite à la procédure de recrutement du (ou de la) responsable du théâtre au festival, après le départ houleux de Marina Davydova. Markus Hinterhäuser désirait imposer Karin Bergmann, ex-directrice du Burgtheater de Vienne sans en référer au Kuratorium (alors qu’on avait prévu une procédure) conformément à son rôle de directeur artistique, responsable de la cohérence générale des programmes. Un prétexte administratif qui cache des jeux de pouvoir.

 

Or, La nouvelle est tombée hier : Karin Bergmann est nommée nouvelle intendante par interim du Festival de Salzbourg pour la période 2026 et 2027. Celle-là même que Markus Hinterhäuser avait proposée et au nom de laquelle le Kuratorium avait parlé de « rupture de confiance ».

Beaucoup ont remarqué l’absurdité de la manœuvre, et le jeu désormais ouvertement délétère auquel se sont livrés les politiciens locaux. Comme je l’avais laissé entendre, tout ce qui était officiel n’était que prétexte : il s’agissait simplement de se débarrasser au plus vite de Markus Hinterhäuser avant une saison qui risquait de se conclure par un succès trop marquant de sa politique artistique et donc l’imposer de facto comme intendant des années encore.
Les deux politiciens Karoline Edtstadler et Bernhard Auinger ont en réalité essayé d’autres voies, et proposé à plusieurs personnalités l’interim en question ; ils ont essuyé un refus poli : que de coups à prendre, en plus d’être pieds et poings liés aux mains de ces deux bouffons politiques locaux.
Karin Bergmann avait la confiance de Markus Hinterhäuser, et a une bonne réputation par ailleurs, j’ose supposer qu’elle a posé ses conditions pour passer dans les mains des mêmes de l’état de bannie à celui de reine.

Mais les manœuvres de couloir et d’égout ont réussi à créer une crise là où il n’y en avait pas, même si comme souvent, on a critiqué les méthodes soi-disant autocratiques de Markus Hinterhäuser, comme à Paris certains avaient vomi Liebermann, ou à la Scala Lissner, où comme à Bayreuth on remet en cause régulièrement Katharina Wagner. C’est la parabole du chien et de la rage.
Mais on juge un manager à son bilan : Salzbourg est redevenu artistiquement incontournable, un lieu où il se passe des choses, peut-être discutables, mais fortes, neuves, stimulantes, comme Liebermann jadis l’avait fait de Paris, ou Lissner de la Scala et de Paris… Il suffit de voir où en est la Scala aujourd’hui, où en est Paris aujourd’hui, pour comprendre que dès qu’une personnalité s’impose, elle se fait d’inévitables ennemis et que les médiocres guettent le moment favorable pour se débarrasser de la bête.

Même si en réalité, elle gèrera une programmation 2026 et 2027 déjà bouclée par Markus Hinterhäuser, je souhaite bonne chance à Karin Bergmann, car elle arrive à Salzbourg au pire des moments, dans la pire des configurations parce qu’elle sera la cible privilégiée des orphelins des uns et des autres si les choses ne tournent pas bien.

Quelle misère ! Décidément, où qu’on se tourne, et quel que soit le domaine, le monde est d’une infinie tristesse.